Ce mammifère d'origine marine, dont l'espèce était vieille de 20 millions d'années, s'était adapté à l'eau douce en arrivant dans le Yangzi. (Chine)
Pendant longtemps, ce cétacé a été protégé en raison de sa supposée essence divine. Selon une légende locale, le baiji était en effet la réincarnation d'une princesse qui avait refusé le mari que voulait lui imposer sa famille, et qui fut noyée par cette dernière pour effacer la honte qu'elle avait attirée sur elle.
Vivant en paix, les femelles pouvaient avoir un petit tous les deux ans, après une gestation de dix à onze mois, les mâles atteignant la maturité sexuelle à quatre ans, et les femelles à six ans. La taille des uns et des autres dépassait les 2 mètres, et ils pouvaient vivre plus de vingt ans.

Mais tout a changé avec le président Mao et le "grand bond en avant", entre 1958 et 1962. La vénération de la population envers le baiji a alors été considérée comme une attitude réactionnaire. Sa capture, pour sa chair et sa peau, a explosé, provoquant une chute drastique des effectifs. Devant le désastre, le gouvernement chinois a fini par déclarer illégale, en 1983, la chasse du dauphin. Les autorités chinoises ont aussi tenté de sauver l'espèce en créant, en 1996, la Baiji Dolphin Foundation de Wuhan, ainsi que plusieurs zones protégées destinées à accueillir l'animal emblématique du fleuve.
Le dauphin du Yangzi est donc déclaré disparu, à moins que, par miracle, on en retrouve, un jour, un représentant ayant survécu à tous les dangers. L'UICN estime, pour sa part, que les propos des scientifiques sont prématurés et annonce qu'elle ne se prononcera officiellement qu'en septembre.
Outre Lipotes vexillifer, d'autres dauphins des rivières sont menacés. C'est le cas de ceux qui peuplent de grands fleuves tels le Gange et l'Indus, en Asie, ou encore l'Amazone, l'Atacuari et le Javari, en Amérique du Sud. Une expédition scientifique a été menée pendant un an en Equateur, Pérou, Bolivie, Brésil, Colombie et Venezuela, afin de faire un état des lieux. Selon les chercheurs, il subsiste encore, dans le continent sud-américain, plusieurs centaines de dauphins d'eau douce, "mais ils sont partout en danger, en raison de la contamination par le mercure, de la déforestation et des captures accidentelles".
Déjà , en mars 2005, le WWF (Organisation mondiale de protection de la nature) avait alerté l'opinion sur le déclin des dauphins des rivières, "les mammifères les plus menacés au monde".
Christiane Galus
extraits de l'Article paru dans l'édition du 11.08.07. dans le Monde