Pédophilie - La maison de l’horreur

Auteur : Guilhem Battut, France Soir
En fin de semaine dernière, un cadavre de mineur a été retrouvé dans l’ancien orphelinat de style victorien Haut-de-la-Garenne, situé sur l’île anglo-normande de Jersey.
Un corps d’enfant découvert dans un ancien orphelinat
La police en recherche d’autres.
« Une affaire de violence et d’abus sexuels contre des mineurs qui pourrait être sans précédent. » Voilà , en une phrase, comment résumait hier un policier la tournure que semble prendre l’enquête ouverte en 2006 à la suite des allégations de maltraitances et de violences sexuelles commises ces quarante dernières années dans un centre d’accueil pour jeunes en difficulté, l’orphelinat Haut-de-la-Garenne. Des faits qui, selon plusieurs journaux britanniques, auraient été couverts par une « culture de la dissimulation » des autorités de l’île.
Quoi qu’il en soit, samedi, le cauchemar a, semble-t-il, commencé à prendre forme après qu’un chien spécialisé eut détecté des ossements d’enfant à travers le sol en béton de l’établissement. Hier, les enquêteurs continuaient à fouiller six autres endroits repérés par les équipes cynophiles, laissant à penser que d’autres cadavres pourraient être rapidement découverts.
140 témoignages
Après avoir commencé ses investigations dans le plus grand secret, la police de Jersey a récemment décidé de faire appel au public en ouvrant une ligne de téléphone dédiée à l’affaire. Dans les jours qui ont suivi, elle a reçu près de 140 témoignages de victimes potentielles, certaines se manifestant depuis la Thaïlande, l’Allemagne ou encore l’Australie. « Toutes disent avoir été abusées à Haut-de-la-Garenne », racontait hier un policier dans les colonnes du Guardian, avant de préciser : « Certains abus – des attouchements jusqu’au viol –
remonteraient aux années 40, mais la plupart auraient eu lieu dans les années 70-80. Selon les premiers témoignages que nous avons recueillis, les enfants étaient cognés à la tête lorsqu’ils ne se tenaient pas droit et régulièrement fouettés. »
Stuart Syvret, qui a été le ministre de la Santé de l’île pendant huit ans, assure, lui, que les plaintes, qui concernent « dans leur grande majorité » des adolescents de 13 à 16 ans, évoquent des violences physiques – coups de canne, coups sur la tête –, des périodes d’emprisonnement solitaire et des viols.
La « bête du Jersey »
Selon le responsable de l’enquête, Lenny Harper, plus de 40 suspects ont déjà été entendus. Parmi eux, des personnes haut placées de Haut-la-Garenne. Plus embarrassant encore, l’apparition dans le dossier du nom d’Edouard Paisnel… L’homme, surnommé la «
bête du Jersey » dans les années 60 par les autorités locales, est mort en 1994.
Selon Gordon Wateridge, l’ancien gardien de Haut-de-la-Garenne, Paisnel était un « pédophile » qui venait régulièrement passer de courts séjours sur l’île. Toujours selon Wateridge, « il agissait à découvert et tout le monde se taisait ». Parmi ses supposées victimes, Michael Collins, un orphelin de 14 ans placé au début des années 1970 à Haut-de-la-Garenne. Il a été retrouvé quelques mois plus tard pendu à un arbre. « Il ne supportait plus d’être régulièrement violé », assure l’ancien gardien.
L’enquête se poursuit.
Edition France Soir du mercredi 27 février 2008 n°19732 page 9